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Ce que j’en pense: Dépassons le pathos!

Il est incontestablement la star des réseaux sociaux depuis une semaine. « Battant », c’est le surnom qu’il porte et nul ne peut le nier. A 79 ans, le vieux Birama Togola a démontré que l’on peut continuer, quelques soient les conditions, à se battre pour conserver sa dignité. Car, oui, il aurait pu mendier, il aurait pu taxer les parents ou vivre aux crochets (déja frêles) de son épouse. Il aurait pu… Qu’il en soit aux antipodes, dérapant sur des sacs de riz sous lesquels on se demande comment ses épaules peuvent résister, gardant le sourire et même un certain humour, malgré sa condition, cela force le respect. Respect, « Battant »!

La solidarité autour de « Battant » est phénoménale! En quelques jours, le vieux monsieur a tenu entre ses mains autant d’argent qu’il n’en aura jamais gagner dans toute sa vie. Des dons affluant de partout, et l’argent appelant l’argent, la générosité est au top. Tout le monde veut y aller avec son grain de sucre: celui-ci promet une maison, l’autre une prise en charge mensuelle, cet autre apporte encore de l’argent. Sa vie, au vieux « Battant » a définitivement changé. Quoique…maintenant, d’autres questions se soulèvent. Comme celle de sa sécurité, par exemple, à lui qui vit dans une masure où il garde maintenant de fortes sommes d’argent. Mais aussi celle de la suite pour lui, de comment il va gérer cette manne. Ou encore, de ce que l’on fait de ses deux grands gaillards de fils qui sont « au chômage » pendant que papa porte des tonnes de riz sur la tête pour les nourrir. Une autre action bénéfique à cette famille serait d’engager, fermement, ces jeunes gens sur la voie du travail.

Mais, au-delà du pathos, de cette émotion légitime soulevée et de l’élan de générosité qui l’a suivie, demeure une question: Comment, dans notre société malienne, si justement « sociale », comment un vieux monsieur de 79 ans peut se retrouver à soulever des sacs de 50kg pour 25F l’unité? Comment est-ce possible? Nos confrères qui font des reportages sur ces réalités ont un mérite: nous mettre les yeux en face des trous, si tant est-il que nous acceptions de les ouvrir pour voir. Des Birama Togola, nous en avons par millions, chez nous! Qui doivent harceler le diable afin que celui-ci leur laisse un bout de queue. La dignité sauvegardée mais le ventre bien vide, hélas bien des soirs…

Ce que j’en pense, c’est qu’au delà de la générosité citoyenne, nous devons voir l’action de l’Etat également se manifester pour les citoyens les plus fragiles. Non pas en réaction à des cas médiatisés, mais réellement en mettant en place un système juste et transparent de prise en charge minimale des plus vulnérables. S’assurer à travers les structures de contrôle que le travail décent et correctement rémunéré est garanti, avec un service de l’inspection du travail qui travaille. Encore bref.. il existe certainement des solutions, accessibles, humaines, pour que des « Battant » n’aient plus à nous livrer leur misère à la télé.

C’est vrai, que partout ailleurs dans le monde, il existe des « pauvres » si pauvres. Là, justement, est encore plus forte la solidarité des hommes mais aussi celle de l’Etat qui ne laisse pas son devoir entre les mains des « généreux donateurs ». Les exemples pour l’illustrer sont nombreux. Enfin, bref, ce n’est que ce que j’en pense…

Célia d’Almeida

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