éducation

Amphis débordées, cursus à rallonge, système LMD exclusif : les maux auxquels sont confrontés les étudiants maliens

 

Chaque année, des milliers obtiennent le baccalauréat et viennent grossir le rang des étudiants dans les universités publiques maliennes. Ils se retrouvent pour la plupart confrontés à la dure réalité des campus : peu d’infrastructures d’études et d’accueil et de nombreuses difficultés pour s’intégrer et évoluer.

Une amphi de 2500 places pour plus de 40 000 étudiants. Voila l’un des aspects de la situation difficile vécue par les étudiants de la Faculté des Sciences 2conomiques et de Gestion de l’Université de Bamako. Ibrahim Ascofaré, secrétaire général adjoint de l’AEEM, explique que c’est d’ailleurs un problème commun à toutes les universités du Mali. Pour faire face et continuer à donner les cours dans des conditions à peu près acceptables, il faut développer des stratégies. L’une d’entre elles est de scinder l’effectifs en de groupes plus « gérables » pour les profs. La promotion 2018-2019 de la FSEG était ainsi scindée en 198 groupes ! A ce jour, près de 43 000 étudiants sont inscrits dans cette faculté.

L’autre solution est de faire les cours par rotation. Ainsi les étudiants se retrouvent à suivre réellement en salle le tiers voire moins du contenu pédagogique, le reste est obtenu avec les documents mis à disposition par les professeurs. Ces derniers sont à féliciter, assure Mr Ascofaré. Il rappelle que les enseignants de cette faculté sont les seuls à ne pas débrayer lors des mouvements de contestation des syndicats. « Ils savent que cela ne fera qu’empirer le problème. Ils préfèrent continuer à donner les cours pour que le déficit d’heures ne se creuse pas davantage ».

Fatoumata Sougouna étudiante en 2ème année gestion d’entreprise à la FSEG, se lamente. « La classe est débordée, des fois c’est très difficile d’entendre les explications du professeur. Nous sommes de la promotion 2017 et nous venons de terminer la 2ème année », explique-t-elle. C’est cet autre problème qui soulève l’incompréhension voire la colère des étudiants aujourd’hui. La plupart d’entre eux se retrouvent avec plusieurs années de retard dans leur cursus universitaire alors qu’ils n’ont jamais échoué !

« Les années se chevauchent », explique le secrétaire général adjoint de l’AEEM. Ainsi, « un élève ayant obtenu le baccalauréat en juillet dernier, ne commencera la 1ère année que maintenant à la fin du 1er trimestre. Ces décalages s’accumulant, on peut se retrouver avec un niveau de deux années inférieur à celui où on devrait être». A titre d’exemple, les étudiants en licence 2 de la FSEG, promotion 2017 viennent enfin de passer leurs examens.

Cette situation pousse beaucoup à décrocher des études. Ils sont nombreux aujourd’hui à faire des affaires ou encore des stages pour tenter de s’occuper et surtout avoir une source de revenus. « Certains se sont engagés dans la police ou dans l’armée ». Solution à double tranchant : elle peut s’avérer plus confortable et les détourner des amphis. Ou pire, créer une espèce d’étudiants qui jouent sur plusieurs tableaux : « certains vont par exemple s’inscrire dans les universités privées, mais restent régulièrement inscrits dans les facultés publiques. Ils y gonflent les chiffres, perçoivent la bourse, sans pour autant y mettre les pieds », dénonce un étudiant.

Mr Ascofaré interpelle les autorités. « Il y a des solutions. Par exemple, la numérisation des fichiers des universités publiques et leur mutualisation avec ceux des privés. On pourra déjà ainsi nettoyer l’effectif et allouer les ressources à ceux qui en ont réellement besoin ». Une solution parmi d’autres proposées par les acteurs du monde universitaire malien. Certains vont jusqu’à demander que certaines facultés « fabriques de chômeurs, soient tout simplement fermées.  Une option extrême mais qui illustre la complexité de la situation de nos universités. Dont à ce jour, les principales victimes sont les étudiants.

Aichata Diakité

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